Foi
(un haut fonctionnaire du gouvernement est venu visiter Mâ Anandamayî.)
Question : Je n'ai aucune foi, et je ne vois pas comment cela pourrait changer ! Qu'en pensez-vous ?
Mâ : vous dites que nous vous n'avez aucune "foi " : eh bien, établissez-vous fermement dans cette conviction !
Car, où est le "non" est fatalement le "oui" !
Qui peut prétendre être au-delà de la négation et de l'affirmation ?
La foi est un geste fondamental, une impulsion naturelle à l'être humain, la foi en Dieu en découle.
La vie humaine est ainsi faite que personne ne peut dire "je ne crois en rien", vous croyez toujours quelque chose !
Le mot manush (humain) est constitué de man (esprit) et hush (conscient) ; cela induit qu’il n'y a pas d'humanité sans esprit ouvert et sans vigilance, cela montre que le penchant naturel de l'être humain est de prendre pleinement conscience de la réalité.
Quand les enfants apprennent à lire et à écrire, et doivent s'attendre à être corrigés ! Dieu aussi "corrige". C'est la preuve qu'Il prend soin des humains ! Ces corrections déplaisent ; en fait, elles transforment les cœurs et mènent à la paix. En compromettant des satisfactions ordinaires, elles font cheminer vers la Joie suprême.
Le corps humain survit par un perpétuel va-et-vient de la respiration. Quel inconfort ! De même, dans la vie, vous pouvez circuler en touriste qui va, vient, saute d'un lieu à l'autre, d’une distraction à une autre... Ou bien être un pèlerin lié son être profond et qui avance vers sa vraie demeure : la Pleine Connaissance.
Les déconvenues viennent parfois troubler votre progression ! Tant que la véritable demeure n'est pas rejointe, les désagréments sont inévitables.
Le sens de la séparation est la cause-racine de tout malaise. Il est fondé sur un quiproquo : la croyance en la dualité.
On nomme ainsi le monde, du-niya, "fondé sur la dualité".
Puisque les croyances humaines dépendent grandement du contexte environnant, mieux vaut choisir la compagnie des sages !
La foi est confiance en l'être. La méfiance se fonde sur un non-être pris pour l'être. Parfois l'Être Pur se révèle sans condition. Parfois il se manifeste en réponse à une quête ardente. Dans un cas, la révélation est spontanée, dans l'autre, elle vient après l'effort ; chaque fois, selon Son gré.
L'homme se prend volontiers pour le "manager", alors que tout est dirigé de "là-bas".
"Là-bas" les décisions sont prises, depuis la "maison-mère" !
Et vous dites "je fais" ; comme c'est drôle !
Quand malgré tous vos efforts, vous ratez votre train, cela montre que vous ne contrôlez pas toutes les situations... Ce qui arrive à chaque instant, est fixé par Lui ; c'est Lui qui arrange tout ! Un lien sans fin unit Dieu et l'homme. Dans Son Jeu, Il est parfois contrariant, Il semble aller contre ! Il n'en est pas ainsi, car la relation est éternelle.
D'un autre point de vue, il n'est pas question de dire même : "relation". Quelqu'un venu rencontrer "ce corps", se présenta ainsi :
- Je suis pour vous un nouveau venu !
Il reçut cette réponse :
- Toujours nouveau ! Toujours ancien !
Les lampes du monde s'allument et s'éteignent. Il est une lumière éternelle qui ne peut passer. Cette lumière permet de percevoir les lumières extérieures et toute chose dans l'univers. Parce qu'elle luit en vous, vous voyez. Parce que la Connaissance suprême réside en vous, pouvez acquérir les autres formes de connaissance. L'esprit est comme la racine d'une plante : irrigué, toute la plante est désaltérée.
Parfois vous vous exclamez que vous n'en pouvez plus ! Mais aussitôt rentrés chez vous, vous vous sentez bien !
Si vous avez l'esprit à "vos" affaires, aucun problème !
En réalité, toute affaire est votre affaire. Comment allez-vous comprendre cela ?
En réalité le monde entier est vôtre ; il est votre propre nature, votre identité véritable ; mais vous le percevez séparé de vous, comme lorsque vous rencontrez "les autres" !
La non-séparation comble.
L'exclusion rend misérable.
Percevoir la dualité entraîne conflits, douleurs, luttes, mort.
Mon ami, mets-toi en chemin !
Question : Quelle est la signification du mot : "samsara" et qui est le maître de ce samsara ?
Mâ : Il n'y a qu'un seul Brahman, qu'une seule Réalité Absolue, rien d'autre n'existe.
S'il vous plaît, montrez-moi quelque chose de différent de Brahman et où cela se trouve.
Swâmi Prakashânanda : Le Dieu unique est le maître du samsara.
Et ce Dieu est à la fois le maître de celui qui accepte Son existence et Sa maîtrise sur l'univers, et de celui qui fait profession d'athéisme.
Qu'on ait foi ou non dans l'existence de Dieu, Dieu est.
C'est pourquoi le disciple doit ressentir qu'il appartient tout entier à Dieu.
C'est avec cette foi qu'il doit pratiquer la sadhana (ascèse). Alors, et alors seulement, elle peut être couronnée de succès.
Mâ : Baba, est-il possible de décrire la Nature de Dieu ?
Swâmi Prakashânanda : Non, non, la Nature de Dieu est au-delà de la parole et du mental.
Mâ : Oui, telle est la Nature de Dieu...
Un Cadi ( juge musulman) : je ne suis pas venu pour entendre quoi que ce soit de votre part. Je suis venu vous dire quelque chose : je me suis lancé dans la bataille, s'il vous plaît, accordez-moi la victoire ; parfois je sens que je manque d'armes et de munitions pour le combat. Est-ce que vous pourrez garder votre khéyâla sur moi ?
Mâ (en souriant) : Qu'il en soit ainsi, Pitajî.
Sur le chemin du retour, Shrî Mâ dit à un ami commun dans la voiture :
Cadi Sahib à commencer par me demander de ne rien dire, j’ai donc obéi.
Maintenant, quand vous reviendrez, dites à Pitajî :
"Qui que ce soit qui s'engage dans une bataille pour L'atteindre, est soutenu par Lui-même. C'est Lui-même qui donnera tout ce qui est nécessaire, il n'y a donc absolument pas de raison pour entretenir des pensées d'inquiétude"
Q : Si personne ne peut faire quoi que ce soit en dehors de la volonté de Dieu, pourquoi devrais-je souffrir ou bénéficier des conséquences de mes actes mauvais ou vertueux ?
Mâ rit et dit :
Mâ : Vous croyez fermement que rien ne peut survenir sans la volonté divine, n’est-ce pas ?
Il répondit par l’affirmative.
Mâ : A ce moment-là, il n’est pas question que Baba ait des actions mauvaises ou vertueuses ; mais comme la question s’est posée en vous, je dirai que vous n’avez pas la volonté ferme que rien ne peut survenir sans la volonté de Dieu.
Le monsieur fut d’accord avec ce qu’affirmait Mâ. Elle ajouta :
Mâ : la foi est toujours aveugle.
Par la suite elle devient évidente, comme je vous vois et vous me voyez, mais au départ vous commencez par la foi aveugle et ensuite vous entrez dans le royaume de l’expérience.
Vous devez lire, Baba. Qu’est-ce que lire ? Je ne me réfère pas à la lecture des livres ; mais de même que les livres nous donnent des connaissances sur des sujets extérieurs et aident à transformer même un enfant ignorant en un savant compétent, de même il est un livre au fond de chacun d’entre nous.
Essayez de lire ce livre. En le lisant vous n’aurez plus aucun doute sur quelque sujet que ce soit et les questions ne s'élèveront plus en vous ; vous comprendrez par vous-même ce sujet sur lequel vous m’avez interrogée.
Question : La grâce de Dieu est-elle nécessaire pour pouvoir commencer les pratiques spirituelles, ou est-ce que cette grâce est obtenue par ces pratiques ?
A quel moment la grâce de Dieu intervient-elle dans la sadhana ?
Mâ : La grâce de Dieu se déverse en permanence sur vous.
L'esprit est comme un pot. Si son ouverture est tournée vers le haut, la pluie de la grâce peut l'inonder.
Mais, si son ouverture est tournée vers le bas, le pot ne peut rien recueillir.
Le seul effort qui soit à faire, c'est de tourner l'ouverture de l'esprit dans le bon sens pour que la grâce omniprésente de Dieu puisse s'y déverser.
Cette grâce a été, est et sera toujours. Il n'y a jamais d'interruption dans le flot de la grâce divine.
Avoir foi en Dieu, le prier et s'abandonner à lui, voilà l'effort qui est à faire pour vous ouvrir et recevoir sa grâce toujours présente.
Quand vous faites cela, il arrive un moment où vous n'êtes plus capable de savoir si vous recevez ou non la grâce car vous êtes immergé en elle.
Vous réalisez alors que tout ce qui est n'est rien d'autre que la grâce de Dieu.
Vous devez cultiver cette attitude d'ouverture à la grâce et toujours vous rappeler sa nécessité.
Alors, naturellement, vous serez en permanence en cette grâce.
Question : Oui, mais cette grâce n'est-elle qu'un résultat de la sadhana ?
N'intervient-elle pas plutôt avant, pour nous faire commencer l'ascèse ?
Mâ : J'ai déjà répondu à cette question : pour recevoir la grâce divine, on doit inévitablement pratiquer la sadhana.
Swâmi Prakashânanda : Quand vous faites votre japa, que votre pratique ne rencontre pas d'obstacles et que votre concentration est profonde, c'est le signe que vous êtes en état de grâce. La grâce coule tout le temps sur celui qui demeure dans cet état de grande concentration.
Sans la grâce de Dieu, vous pouvez pratiquer la sadhana pendant des vies et des vies sans résultat.
Mais le fait que vous soyez venu ici est le signe même de la grâce de Dieu, c'est le signe d'une grâce divine. Si vous êtes attaché à cette pratique, c'est un signe encore plus indubitable de cette grâce. Si vous êtes fou de votre sadhana, alors c'est que vous êtes en état de très grande grâce.
La sadhana pratiquée avec cœur et assiduité est donc le moyen d'obtenir la grâce de Dieu. Mais d'un autre côté, sans la grâce de Dieu ou du guru, il n'est pas possible d'avoir la concentration nécessaire à la sadhana.