Réalisation
Swamaiji : Mère, qu’êtes-vous en réalité ?
Les gens sont tous d’un avis contraire, et personne n’arrive à se mettre d’accord.
Que diriez-vous pour vous définir vous-même ?
Mâ : Vous voulez savoir ce que je suis… ?
Et bien, je suis ce que vous pensez que je suis. Rien de plus, ni rien de moins.
Swamiji : Quelle est la nature de votre Samadhi ?
Est-il d’un Savikalpa ou d’un Nirvikalpa ? Devenez-vous consciente ?
Mâ : Et bien, c’est à vous d’en décider !
Tout ce que je peux dire, c’est qu’au beau milieu de tous ces changements apparents, je sens et je suis consciente que je demeure la même.
Je sens qu’au-dedans de moi, il n’y aucun changement d’état.
Appelez ça du nom que vous voulez.
Est-ce un Samadhi ?
Bien des fois, cette question a été posée, et on y a répondu.
(à la suite d'un échange sur la relation entre l'ego et le Soi)
Question : Je veux vous poser une question, Mâ.
Mâ : Non, non, je connais votre question, je vais la poser moi-même. Vous voulez poser la question de la dualité (dvaïta) et de la non-dualité (advaïta).
Voici ma réponse : la position dualiste est acceptée du point de vue du disciple, mais du point de vue du but, c'est la non-dualité qui est vraie.
Swami Prakashânanda : Mâ a expliqué le paradoxe des rapports entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste. La position du disciple, au début, est forcément dualiste et c'est pour cela que, bien que nous soyons non-dualistes, nous assumons la position dualiste pour aider ceux qui commencent une ascèse.
Mâ : Quand on commence la sadhana, on dit : "Voici Krishna" ou "Voici Rama" ou "Voici le Seigneur", etc.
Mais après avoir réalisé la vraie nature de Krishna ou de Rama ou du Seigneur, on dit : "Tout est Krishna" ou "Tout est Rama" ou "Tout est le Seigneur".
Cela étant, où est alors la différence entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste ?
Le Dieu qui a formes et qualités et qui, au départ, est ressenti par le sadhaka comme un autre que lui, ce même Dieu est ensuite réalisé comme étant la totalité de l'existence, le Brahman omniprésent.
Quand le sadhaka réalise cela, il se fond en Brahman. Alors ce qui était dévotion ou amour de Dieu est transcendé.
Il n'y a plus ni dévotion ni absence de dévotion, car il n'y a plus de différence entre Dieu et son adorateur.
Q : Quel est le but de l'existence ?
Mâ : Tendre à se connaître soi-même.
Q : Brève réponse pour une si vaste question !
Mâ : Un arbre-banian est immense, sa graine est petite ; mais dans la graine, tout l'arbre est là.
Q : je vous ai entendue dire que tous les instants sont contenus dans l'Instant suprême. Je ne comprends pas.
Mâ : Le moment de naître conditionne une nouvelle expérience de vie. A l'Instant suprême, tout est accompli ! Notre destin est comblé !
Vous le savez, en vous engageant dans l'action, vous répondez aux nécessités de la nature ; la qualité (guna) de la nature est de se multiplier (également guna).
Le monde est transitoire, périssable, mais un esprit dévoué, une pensée affinée, savent consumer l'impermanence de la nature humaine.
Quand il n'y a plus rien à brûler, là est le moment de toute éternité ! Saisir ce moment, là est votre destin.
En réalité, il est Cela ; Tout-Cela. Comment Cela pourrait laisser quoi que ce soit en dehors ?
Qui a plongé dans ce courant ne peut plus séparer présent, passé, futur.
Un yogi peut saisir un objet placé de l'autre côté d'un mur, en tendant simplement la main ! Pour lui, le mur n'est pas là, même s'il existe, et même s'il n'y a pas de mur, c'est comme s'il y en avait un. Pour comprendre : Imaginez derrière un voile, un objet. Devant vous, c'est entendue, s'interpose le voile ; mais il n'était pas là quelque temps avant ; il n'est pas dit qu'il sera là quelque temps après. Alors quelle est sa présence maintenant ? C'est un exemple pour tenter de dire.
Le mur qui est supposé faire obstruction, ne contrarie pas le geste du yogi. De même, le yogi peut percevoir un objet invisible pour les autres.
Mouvement, repos, bien que chacun garde sa spécificité, ne s'opposent pas non plus, pour qui voit vraiment.
Tout est possible — mais ce corps n'est pas enclin à tout dire ! Nous approchons là, le domaine du merveilleux.
Revenons à l'Instant.
Les moments tels que vous les vivez, sont tétanisés. L'Instant contient l'être et le devenir ; il contient tout ; rien n'est là et tout est là.
Il n'y a pas même d'opposition entre cet Instant et des moments qui ne sont que des bouts de temps !
L'Instant est temps, mais pas ce que vous nommez "temps".
Le temps (samaya) est saturé de Soi (sva mayi), tissé du seul Soi, où rien n'existe, sauf le Soi !
Question : Il y a un frère étranger qui pose en anglais la question suivante à Mataji :
Mâ, est-ce que vous dormez et est-ce que, dans votre sommeil, vous rêvez comme nous le faisons ?
(...)
Swâmi Prakashânanda : C’est une question qui vous avait été posée il y a très longtemps...
Mâ : Oui, il y a très longtemps, et la réponse qui avait été donnée alors est identique à celle que je vais donner aujourd’hui.
A celui à qui vient le sommeil, le rêve vient aussi ; ou encore, celui qui dort, celui-là rêve aussi.
Mais l’état de veille est aussi une forme de rêve.
La question qui vient d’être posée ainsi que ma réponse présente, tout cela fait partie du rêve qu’est le présent état de veille (jagrat svapna).
Ce que nous faisons ici, poser des questions et y répondre, tout cela est aussi un rêve.
Il faut s’en tenir à ma première proposition : c’est seulement celui qui dort qui rêve.
Tout cela ne concerne uniquement que le corps. Voilà la réponse que j'avais donnée à ce disciple en ce jour lointain.
Un autre jour, ce mahâtma qui s'appelait Purnânanda Baba me fit venir à son ashram et me reposa la question.
On parla longtemps et il me redemanda : « Mâ, est-ce que vous avez des rêves, est-ce que vous dormez ? »
Et je répondis : "Cet état de veille est un rêve autant que l'est le monde mental (mano rajya) que notre imagination produit.
Mais pour celui qui est conscient de son propre Soi, il n'y a ni rêve, ni sommeil.
Le rêve et le sommeil n'existent pas, car il est toujours dans l'état de veille véritable.