Satsang avec Mâ
Il est indispensable de garder votre esprit dans un environnement clair et pur et d’avoir des discussions sur Dieu et la spiritualité. Gardez toujours ceci prêt à l’esprit.
(à la suite d'un échange sur la relation entre l'ego et le Soi)
Question : Je veux vous poser une question, Mâ.
Mâ : Non, non, je connais votre question, je vais la poser moi-même. Vous voulez poser la question de la dualité (dvaïta) et de la non-dualité (advaïta).
Voici ma réponse : la position dualiste est acceptée du point de vue du disciple, mais du point de vue du but, c'est la non-dualité qui est vraie.
Swami Prakashânanda : Mâ a expliqué le paradoxe des rapports entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste. La position du disciple, au début, est forcément dualiste et c'est pour cela que, bien que nous soyons non-dualistes, nous assumons la position dualiste pour aider ceux qui commencent une ascèse.
Mâ : Quand on commence la sadhana, on dit : "Voici Krishna" ou "Voici Rama" ou "Voici le Seigneur", etc.
Mais après avoir réalisé la vraie nature de Krishna ou de Rama ou du Seigneur, on dit : "Tout est Krishna" ou "Tout est Rama" ou "Tout est le Seigneur".
Cela étant, où est alors la différence entre le point de vue dualiste et le point de vue non-dualiste ?
Le Dieu qui a formes et qualités et qui, au départ, est ressenti par le sadhaka comme un autre que lui, ce même Dieu est ensuite réalisé comme étant la totalité de l'existence, le Brahman omniprésent.
Quand le sadhaka réalise cela, il se fond en Brahman. Alors ce qui était dévotion ou amour de Dieu est transcendé.
Il n'y a plus ni dévotion ni absence de dévotion, car il n'y a plus de différence entre Dieu et son adorateur.
Un jour, un jeune homme moderne très audacieux osa dire carrément à Shrî Mâ que la félicité pourrait être aisément expérimentée en prenant des drogues appropriées, aussi pourquoi devrions-nous aller vers autant d’austérité (tapasya) ?
Shrî Mâ répliqua :
Oui, mais ces expériences sont passagères et non parfaites. Elles ont des répercussions déplaisantes.
La félicité, selon les Ecritures, ne peut pas être provoquée artificiellement parce qu’elle n’est pas liée au physique ou au mental, ni même au niveau intellectuel. En effet, on ne peut rien faire pour nous y amener. On peut seulement se préparer et attendre cet évènement comme une réalisation.
Ce n’est pas un état d’âme, mais on devient la nature même de la félicité.
Shrî Mâ était connue en général pour éviter la terminologie moderne concernant les états élevés de conscience.
Je l’entendis une fois dire avec emphase :
Parler de l’expansion de la conscience sans référence à la foi et à la dévotion est pure indulgence euphorique (vilasa).
Si vous laissez Dieu en dehors de vos intérêts dans la vie, alors vous vous désengagez du chemin qui mène à la paix absolue.
Madame M. a demandé ce que signifiait vraiment la doctrine chrétienne du salut par la foi dans le Christ sanctifié.
Mâ : Il y a bonheur et souffrance, péché et vertu, vie et mort : ces couples d'antagonismes sont la croix sur laquelle le Christ est crucifié.
Mais il est la vérité éternelle qui transcende la dualité, c'est pourquoi il a souri sur la croix. C'est ce que nous devons faire.
C'est là notre sauveur. C'est aussi la voie hindoue. C'est aussi l'idéal des rishis.
Méditez sur le Christ en tant que lumière du monde, la lumière intérieure comme la lumière extérieure du soleil et de la lune.
Tous sont en lui et Il est dans tous.
Il est la lumière entre vos sourcils.
Si pendant la méditation vous avez des visions de Kali, Durgâ, Mâ, Shiva, considérez-les également comme des formes du Christ et non pas comme des formes distinctes de lui. Si vous rencontrez un grand être spirituel, dites-vous : "C'est le Christ qui s'est révélé à moi sous cette forme même".
Toutes les formes sont ses formes. Il est vaste, et n'est pas uniquement limité à la forme de Jésus.
Considérez votre demeure comme celle du Seigneur.
Brûlez de l'encens et réservez un siège spécial pour la méditation.
Méditez et lisez des textes sacrés. Laissez vos enfants vivre leur vie et passez la vôtre en contemplation.
Q : Quel est le but de l'existence ?
Mâ : Tendre à se connaître soi-même.
Q : Brève réponse pour une si vaste question !
Mâ : Un arbre-banian est immense, sa graine est petite ; mais dans la graine, tout l'arbre est là.
Un jour, Mâ me dit:
" Garde toujours présent à l'esprit que tu es un réel brahmine et qu'il y a un lien entre ce corps et toi :
il est comme le fil extrêmement subtil d'un sentiment divin. "
A partir de ce moment-là, je me mis à faire tout mon possible pour avoir une vie pure.
"En voyant le visage radieux de Mâ Ânandamayî et en entendant son rire, vous devinez qu'elle est une incarnation de la joie. Touché par la caresse de son regard, vous savez que son cœur déborde d'amour pour tous les êtres. En écoutant Son enseignement, si simple et si clair, vous comprenez qu'Elle est en possession de toute la Sagesse. Mais on ne peut dire si c'est la Joie, l'Amour ou la Sagesse qui est à l'origine de tout cela, car avec Elle, les trois sont inextricablement et indissolublement mêlés - l'un ne pourrait exister sans les autres.
La joie que vit Mâ Ânandamayî n'est pas celle que nous connaissons dans la vie mondaine, où le plaisir et la douleur, l'espoir, le regret et la désillusion, l'attirance et la répulsion se succèdent, naissant l'un de l'autre. Ce n'est pas non plus un calme égocentrique d'une rigidité stoïque qui érige autour de lui un rempart d'indifférence. C'est une joie débordante, irrépressible, qui s'exprime dans la gaieté, qui ne connaît pas d'obstacles, parce qu'elle est profondément enracinée dans l'Absolu, au-delà des dualités du bien et du mal, du moi et du non-moi, de l'agréable et du désagréable, parce que sa base inébranlable est l'Amour et la Sagesse."
Dr. Alexander Lipski
"Life and teaching of Srî Ânandamayî Mâ"
Question : Comment la réalisation du Soi s'effectue-t-elle ?
Réponse : En recevant et en conservant le pouvoir du Guru. Ce qui est déjà en vous se révèle. Une personne dont le cerveau n'est pas clair ne peut être enseignée. De la même manière, le pouvoir intérieur de connaître son Soi est réalisé en s'engageant dans la sadhana. C'est comme une connexion électrique. S'il n'était pas en vous, vous ne pourriez pas le découvrir. Tout comme certaines personnes - mais pas toutes - possèdent le don d'écrire de la poésie ou de s'exprimer oralement, etc. Si c'est le destin de quelqu'un, les écailles tomberont de ses yeux, le voile tombera. Cela se produit tout seul, un autre ne peut pas donner la réalisation ; il faut devenir propriétaire de sa propre connaissance intérieure.
Chacun est né avec ses tendances et ses talents innés. De même que l'on peut acquérir des connaissances matérielles, on peut aussi connaître la réalité en devenant propriétaire de son pouvoir intérieur - et c'est alors qu'il y a l'éveil.
Le pouvoir du Guru est conféré aux disciples, mais seul un parmi des millions est capable de le détenir. Le mantra a un pouvoir propre et sa répétition ne sera pas vaine, mais le pouvoir du Guru n'est pas conféré à tous.
Quelqu'un dit : "Mâ, nous sommes tous des mendiants ! Nous mendions votre grâce."
Mâ dit aussitôt :
"... et je suis la mendiante des mendiantes, toujours à mendier votre envie, vos colères, vos jalousies, votre orgueil, votre égoïsme, pour que vous les déposiez enfin aux pieds des dieux de vos temples ! »